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    Le développement d’Abidjan : Une modernisation à la marche forcée ?

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    (@lesateliersdechristophegmail-com)
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    Début du sujet   [#16]

    En tant qu’étudiante en architecture, j’observe avec un mélange de fascination et d’inquiétude la métamorphose rapide de notre capitale économique. Abidjan, la « Perle des lagunes », se redessine sous nos yeux, mais une question me taraude souvent lors de mes visites de terrain ou de mes analyses de site : pour qui construisons-nous réellement ? Voici mon analyse de cette dynamique complexe.
    L’urbanisation d’Abidjan est marquée par une dualité frappante. D’un côté, nous voyons émerger des infrastructures modernes, symboles d’une Côte d’Ivoire émergente ; de l’autre, une précarisation d'autres sites non concernés auparavant. En arpentant les rues de Treichville ou en suivant l’actualité des quartiers précaires, je constate une fracture : la ville se planifie et se construit et ceux et celles qui l’habitent observent. Cet article interroge les mécanismes de ce développement urbain qui semble parfois marginaliser les populations autochtones, en analysant la verticalisation des quartiers historiques .

    1. La mutation silencieuse du tissu historique : Le cas de Treichville :

    L’un des exemples les plus flagrants de cette transformation subie est observable à Treichville. Comme le soulignait un reportage de la Nouvelle Chaîne Ivoirienne (NCI, 2021), ce quartier historique, caractérisé par ses « cours communes » et sa mixité sociale, vit une mutation profonde.
    Les promoteurs immobiliers, dans une logique de rentabilité foncière, rachètent progressivement ces parcelles pour y ériger des immeubles en hauteur. Si la densification est un principe urbain que nous étudions comme une nécessité face à la croissance démographique, sa mise en œuvre ici pose problème. Les locataires historiques, souvent des familles modestes vivant là depuis des décennies, sont les grands perdants de ces transactions conclues entre propriétaires et investisseurs,quoique le mot perdant puisse être exagéré puisque d'un commun accord. Le modèle de la cour commune, vecteur de lien social et de solidarité, disparaît au profit d’appartements aux loyers inaccessibles pour les résidents d’origine (NCI, 2021). En tant qu’étudiante, je déplore cette gentrification qui ne dit pas son nom, où la modernisation architecturale se traduit par une exclusion sociale, effaçant l’identité vernaculaire du quartier sans offrir d’alternative viable aux habitants.

    2. La résistance morphologique : Le phénomène mondial des « maisons-clous » :
    Dans une perspective d’architecture comparée, il me semble indispensable d’évoquer le phénomène fascinant des « maisons-clous » (traduction du terme chinois dingzihu), qui matérialise physiquement la résistance de l’individu face aux rouleaux compresseurs de l’urbanisme . En analysant ces anomalies urbaines à l’échelle mondiale, je constate que l’architecture devient le témoin involontaire d’un rapport de force juridique et humain.
    Le cas le plus spectaculaire est sans doute celui du pont Haizhuyong à Guangzhou, en Chine, où la persistance de la propriétaire Mme Liang a forcé les ingénieurs à modifier la structure même de l’ouvrage, créant une courbe en forme d’« œil » autour d’une modeste habitation de 40 m² (BBC News, 2020). Cette adaptation contrainte de l’infrastructure démontre que le tracé urbain n’est pas absolu. Je retrouve cette même résilience à l’aéroport de Narita, au Japon, où l’agriculture de Takao Shito coexiste de manière surréaliste avec le tarmac, prouvant que l’attachement à la terre ancestrale peut surpasser les impératifs logistiques globaux (McCurry, 2018).
    En Occident, la protection du droit de propriété engendre des typologies architecturales tout aussi insolites. L’exemple de la maison d’Edith Macefield à Seattle, ayant inspiré le film Là-haut, a contraint un centre commercial à adopter une forme en « U », transformant le refus de vendre en une victoire spatiale du bâti vernaculaire sur le gigantisme commercial (Seven, 2015). De même, à Londres, la façade tronquée du magasin Wickhams rappelle que même au début du XXe siècle, une simple bijouterie pouvait briser la symétrie monumentale d’un grand magasin. Ces « accidents » architecturaux sont pour moi des leçons précieuses : ils nous rappellent que la ville ne se dessine pas uniquement sur la planche à dessin, mais qu’elle se négocie, parfois brutalement, sur le terrain.

    En conclusion, le développement actuel d’Abidjan semble être entré dans une modernisation nécessaire . Que ce soit par la mutation insidieuse des quartiers traditionnels comme Treichville ou par les opérations spectaculaires de déguerpissement, la ville se transforme .
    Ma réflexion d’étudiante me pousse à croire que l’architecture et l’urbanisme ne doivent pas être de simples outils de rentabilité ou de « nettoyage » spatial.La ville de demain doit se construire avec ses habitants nouveaux et autochtones dans les meilleurs conditions possibles.

    **parSaraharchi2026Mer 17 Déc 2025 – 11:11** — ?

    L'architecture est souvent le miroir des ambitions d'une société. En Afrique de l'Ouest, particulièrement dans des nations comme la Côte d'Ivoire, elle est le théâtre d'une tension constante, fascinante pour moi en tant que future architecte : celle entre l'héritage d'un modernisme importé et la quête résolue d'une identité constructive propre, adaptée à un contexte climatique, économique et socio-culturel unique.
    Durant les décennies post-indépendance, le continent a cherché à afficher sa modernité par l’adoption rapide et souvent acritique de modèles occidentaux. Aujourd'hui, une nouvelle génération d'acteurs de l'architecture œuvre pour une architecture plus sincère, qui utilise la technologie non pour imiter, mais pour exalter le génie local. Cette nouvelle voie, synonyme de résilience, est celle qui place l'Afrique au centre des solutions pour le futur du bâti.

    Comment l'architecture contemporaine en Afrique de l'Ouest parvient-elle à concilier les impératifs de la globalisation technique et esthétique avec la nécessité de la contextualisation, de la durabilité et de la résilience culturelle et environnementale ?

    I. La Genèse d'un Paysage Urbain : L'Héritage du Modernisme Post-colonial

    L'architecture contemporaine ouest-africaine ne peut être comprise sans une analyse critique de ses fondations, qui se situent dans l’euphorie et les contradictions des premières décennies d’indépendance.

    I.1. L'Ère des Grands Projets et le Style International

    La Côte d'Ivoire, en tant que moteur économique régional, a fait du quartier du Plateau à Abidjan sa vitrine de la modernité. L'érection de tours et de grands ensembles symbolisait l'ambition nationale. Des icônes architecturales telles que La Pyramide (Rinaldo Olivieri, 1973), aujourd’hui un exemple saisissant de l’usure du temps et du climat, incarnent cette ère.

    Ce modernisme était caractérisé par :

     L'adoption du béton armé et du verre : Ces matériaux, souvent importés et exigeants en énergie grise, étaient les marqueurs d’une rupture symbolique avec l'ère coloniale et de l’appartenance au monde industriel (EAMAU, 2023a).

     Une vision hygiéniste de l'urbanisme : L'aménagement s’est souvent fait sans intégrer pleinement les logiques climatiques et sociales locales, limitant l’utilisation de matériaux endogènes pourtant plus adaptés thermiquement.

    Cette adoption a créé une dichotomie forte : un centre-ville ambitieux, et des périphéries où l’habitat spontané ou hérité de la colonisation peinait à s’adapter à la croissance urbaine rapide.

    I.2. La Remise en Question et l'Émergence du Concept de Résilience

    Le modèle moderniste post-colonial a rapidement montré ses limites techniques et économiques. Les façades en verre et les structures massives se sont avérées des gouffres énergétiques dans le climat tropical, exigeant des systèmes de climatisation permanents et coûteux.
    Cette prise de conscience a entraîné une double réflexion :

     L'Aliénation Constructive : L'adoption aveugle de formes étrangères a été perçue comme une « aliénation constructive », où l'architecture était déracinée de ses réalités culturelles et climatiques (Connections by Finsa, s. d.).

     La Nécessité de la Résilience : Face à l'épuisement de ces modèles, la notion de résilience s'est imposée. Il ne s'agit plus de faire table rase, mais de puiser dans le savoir-faire ancestral – les pratiques vernaculaires adaptatives – pour réinventer l'habitat face aux contraintes économiques et écologiques fortes (Afrique magazine, 2025). Le bâtiment doit pouvoir résister au climat, au coût, et au temps, d'où l'importance de la durabilité.

    II. Les Principes d'une Architecture Contextualisée et Durable
    La nouvelle architecture ouest-africaine se positionne comme une synthèse entre la connaissance traditionnelle du milieu et les technologies modernes, visant une sobriété constructive.

    II.1. L'Impératif Bioclimatique et la Sobriété Énergétique
    Le design contemporain s'appuie résolument sur les principes bioclimatiques traditionnels, en réponse directe à l'inconfort généré par le modernisme :

     Ventilation Naturelle Optimisée : Le recours au double-toit ou au toit surélevé est réinterprété pour créer un effet cheminée (ou tirage thermique), essentiel pour évacuer l'air chaud par le haut et favoriser la circulation de l'air frais. Cette technique est devenue une signature formelle des bâtiments soucieux de leur performance énergétique.

     Maîtrise de l'Ensoleillement : L'orientation des façades et l'utilisation de dispositifs d'ombrage (brise-soleil, auvents profonds) sont essentielles. Les ouvertures sont conçues pour filtrer la lumière et éviter la surchauffe, notamment par l'intégration de claustras ou de moucharabiehs revisités.

     Gestion de l'Eau : L'intégration de systèmes de drainage et de récupération des eaux pluviales est vitale dans les villes soumises à de fortes pluies saisonnières, permettant de renforcer la résilience des ouvrages face aux inondations.

    II.2. La réhabilitation des matériaux locaux et l'économie circulaire

    Le choix des matériaux est un acte éthique et économique. La tendance contemporaine promeut l'utilisation de matériaux locaux, à faible empreinte carbone et disponibles en circuit court.
    • Le Triomphe de la Terre : Le banco (terre crue), abondant et historiquement pertinent en Afrique de l'Ouest, est réhabilité. Des architectes comme Diébédo Francis Kéré ont démontré que l'argile, un matériau « humble », pouvait être élevé à une dignité architecturale par la technique (stabilisation, briques compressées) et le design (Kéré, cité dans Connections by Finsa, s. d.). L'utilisation de la latérite ancre chromatiquement le bâtiment à son territoire.
    • Le Bois et l'Artisanat : L'usage du bois local et l'intégration de l'artisanat dans les détails architecturaux permettent de lier l'ouvrage à son territoire et de stimuler l'économie circulaire. L'architecture est ainsi perçue comme un « acte politique » et « un cri spirituel » qui raconte une histoire.

    II.3. La Dimension Sociale et Esthétique

    L’architecture contemporaine africaine est définie non par une forme unique, mais par une démarche visant l’expression et la connexion sociale.
    • L'Art de Relier : L'espace est pensé pour la communauté. On privilégie la création d'espaces semi-privés ou communautaires, s'inspirant de la cour intérieure traditionnelle ou de la place du village, pour favoriser les interactions sociales.
    • L'Afro-futurisme Constructif : Ce concept nourrit un imaginaire où les technologies sont fusionnées avec les savoirs ancestraux pour créer une architecture qui regarde vers l'avant. Il s'agit de s'approprier les technologies pour créer une architecture à la croisée de l'utopie et du pragmatisme, et qui nourrit l'imaginaire d'un futur pensé par et pour les Africains.

    Contenu repris de l’ancien forum ( https://les-ateliers.africamotion.net/t12-le-developpement-dabidjan-une-modernisation-a-la-marche-forcee).



       
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